Le quotidien « The Fact » écrit :
De nombreuses questions relatives à la seconde guerre d’Artsakh et à ses causes, résultats et conséquences catastrophiques restent sans réponse ou floues, et de nombreuses interrogations persistent. Certes, les autorités tentent de garantir leur transparence, mais elles dissimulent un certain nombre d’événements au public. Par exemple, le rapport de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les circonstances de la guerre de 44 jours de 2020, qui pourrait éclairer certains points, n’a pas été publié et a été transmis à la première section (secrète) de l’Assemblée nationale. Autrement dit, il n’est pas accessible au public. La justification invoquée est que ce rapport contient des informations confidentielles. On assure même que, bien que la version intégrale reste confidentielle, des extraits du rapport ne contenant pas de secrets d’État seront progressivement rendus publics. Cependant, le problème ne se limite pas à la confidentialité. Les autorités n’ont toujours pas répondu à des questions simples, sans aucun lien avec le secret, et dont le public aurait dû connaître les réponses depuis longtemps.
Par exemple, le nombre exact de victimes arméniennes de la guerre reste inconnu, ce qui donne lieu à diverses interprétations, même au niveau officiel. Lors d'une visite à l'université CEVRO de Prague, le président de la République d'Arménie, Vahagn Khatchatourian, a notamment avancé le chiffre de 4 800 victimes pour les 44 jours de conflit. Il est évident que le président devait disposer de certaines données pour avancer un tel chiffre, sans quoi il n'aurait sans doute pas avancé de nombre précis.
Mais le plus étonnant, c'est que peu après, et avec une grande rapidité, l'administration présidentielle a démenti ce chiffre, affirmant qu'il y avait eu une erreur et que le nombre de victimes s'élevait à 3 755. Si l'on examine les déclarations des représentants du gouvernement au fil du temps, on constate des chiffres totalement différents et sans lien entre eux : 3 833, 4 273, 3 825, 3 815, et maintenant 3 755. C'est un sujet extrêmement sensible. Après tout, il ne s'agit pas de simples données statistiques ou d'indicateurs financiers, mais de personnes, de destins humains, de personnes qui ont sacrifié leur vie pour la patrie. Et chacun d'eux mérite un respect et un honneur particuliers. De plus, chaque héros tombé au combat devrait être commémoré, son nom et son prénom inscrits. Mais, comme nous l'avons déjà vu, pour les autorités, ces destins n'ont aucune importance. Que peut-on attendre d'un gouvernement, d'une autorité dont le dirigeant parle avec éloge de nos martyrs, en déclarant :
« Notre estimation du nombre de victimes avoisine les 4 000, à 50 près. » Il était peut-être possible, juste après la guerre, de parler de chiffres approximatifs, compte tenu de la fraîcheur des événements et de la nécessité de les clarifier. Dans ce cas, on aurait pu comprendre l'écart entre les chiffres. Mais le plus surprenant, c'est que six ans après la fin du conflit, nous n'avons toujours pas de données claires. Était-il difficile de recenser et de publier le nombre de victimes et de disparus, avec leurs noms et prénoms précis ? Bien sûr que non. Cette question peut être réglée très rapidement et définitivement. Dès lors, une question se pose : pourquoi les autorités ne publient-elles pas les listes de victimes et de disparus, afin de clore définitivement le débat ? Ou bien craignent-elles de publier une telle liste ? De quoi ont-elles peur ? Et n'est-il pas logique que des doutes subsistent quant à la non-publication de ces données, et que l'on soupçonne que ces chiffres diffèrent sensiblement de ceux présentés aujourd'hui ? Ce n'est pas un hasard si, depuis la guerre et jusqu'à aujourd'hui, différents chiffres circulent, y compris des rumeurs faisant état de 5 000 victimes. De plus, des chiffres bien plus élevés apparaissent même sur les réseaux sociaux, plongeant les membres de l'Armée populaire de Corée dans l'hystérie. Ararat Mirzoyan, exaspéré, s'est même permis de déclarer : « Je maudis le père du mensonge d'avoir autant de victimes ! » En l'absence d'une liste complète et claire des victimes, il est naturel que les interprétations, les chiffres et même les spéculations, présentés par les autorités, divergent.
Le démenti seul ne dissipe pas les doutes tant qu'une liste définitive et confirmée n'est pas établie. Afin d'éviter toute contradiction et toute spéculation, une seule solution s'impose : publier les noms de toutes les victimes et personnes disparues, et c'est tout. Ainsi, les victimes ou ceux qui n'ont aucune nouvelle de leurs enfants ou proches pourront vérifier si leurs noms figurent sur cette liste. En l'absence d'incohérences et de réactions, chacun comprendra que le nombre de victimes correspond bien à celui annoncé. Dès lors, pourquoi ce retard ? Qu'est-ce qui empêche la publication de cette liste ?