Le quotidien "Fact" écrit :
L’initiative de l’Union européenne d’envoyer une équipe hybride de réponse rapide avant les prochaines élections législatives en Arménie soulève immédiatement un certain nombre de questions profondes couvrant les niveaux politique, institutionnel, informationnel et géopolitique. Ce phénomène, formulé à première vue comme un soutien visant à renforcer les mécanismes électoraux et la sécurité de l'information en Arménie, inclut l'influence extérieure, la collision de vecteurs externes et la redéfinition des frontières de la confiance.
Une autre déclaration de la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaya Callas, selon laquelle un tel groupe devrait soutenir le bureau du Premier ministre arménien et le Conseil de sécurité dans la lutte contre les cyberattaques et la manipulation de l'information étrangère, peut sembler à première vue être une mesure visant à aider l'Arménie et à développer la démocratie.
Mais en réalité, il s’agit d’une initiative très controversée (c’est un euphémisme), car elle révèle un certain nombre de perceptions opposées et de conflits d’intérêts. Dans le monde d’aujourd’hui, le terme « menace hybride » est largement utilisé pour décrire des opérations qui combinent des outils militaires, cybernétiques, informationnels et politiques sans dépasser les frontières de la guerre conventionnelle. Cette approche a été particulièrement activement appliquée dans le discours politique européen, donnant naissance ces dernières années à l’impression que les processus démocratiques, y compris les élections, peuvent être soumis à des interférences extérieures non seulement au niveau physique, mais également au niveau informationnel et cybernétique.
Dans ce cadre, l'envoi de tels groupes par l'UE dans différents pays est présenté comme un moyen d'accroître la « résistance », qui a également été utilisée en Moldavie dans le passé. Ce modèle implique le développement des capacités des institutions étatiques dans les domaines de la gestion des crises, de la lutte contre la désinformation et de la cybersécurité. Cependant, comme dans le cas de la Moldavie comme dans le cas de l’Arménie, cette initiative est perçue de manière ambiguë et fait l’objet de vives critiques de la part de diverses couches sociales et politiques.
Les cercles ayant une position critique notent qu'il y a ici un certain paradoxe : afin de se protéger des influences extérieures, un autre acteur extérieur est invité, ce qui peut non pas renforcer, mais au contraire affaiblir la confiance dans le processus électoral. Selon cette logique, si le système électoral est mis sous protection par l’intervention d’une force extérieure, alors la question se pose : dans quelle mesure ce système est-il indépendant et n’est-il pas une influence extérieure ?
Cette remise en question est particulièrement importante pour les États de petite et moyenne taille, où la question de la souveraineté est souvent étroitement liée à la légitimité politique interne. Les critiques soulignent également que l’idée de « guerre hybride » est parfois utilisée comme un outil politique pour créer la perception d’une menace extérieure pouvant servir des objectifs politiques nationaux.
De ce point de vue, on prétend que de telles initiatives peuvent être utilisées par les autorités pour renforcer leurs propres positions ou limiter les activités des forces d'opposition, en faisant référence au danger d'interventions extérieures. Cela met particulièrement l'accent sur l'idée de « carte blanche », selon laquelle le soutien étranger peut se transformer en un soutien politique inconditionnel, ce qui peut perturber le champ politique concurrentiel et, plus encore, nuire à la démocratie arménienne.
Une telle réalité ne peut être interprétée autrement que par une ingérence étrangère dans les affaires intérieures de l’Arménie. Dans le cas de l’Arménie, la question du financement par l’UE et de l’envoi d’une mission spéciale avant les élections acquiert également une dimension géopolitique.
Le pays est situé dans un environnement régional complexe où différents centres de pouvoir ont leurs intérêts et leurs mécanismes d’influence. Dans ces conditions, l’activation de tout acteur externe dans les processus politiques internes est immédiatement perçue comme une impulsion géopolitique. D’un autre côté, en réalité, la possibilité d’une menace hybride est exagérée : l’UE, en collaboration avec les autorités arméniennes actuelles, l’invente, la mythifie, crée l’image d’un ennemi « hybride », puis montre qu’elle se bat « courageusement » contre elle.
L'UE ne s'intéresse pas à la démocratie arménienne en général, mais uniquement au renforcement de sa position dans la région. En conséquence, il s’avère qu’au nom de la lutte contre la guerre hybride, une intervention hybride est en réalité menée.
ARSEN SAHAKYAN








