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Qu’est-ce qui entrave le développement de l’industrie cinématographique en Arménie ? "Fait"

Quotidien "Fact"écrit :

Le développement de l'industrie cinématographique à l'échelle mondiale a depuis longtemps dépassé les frontières de la sphère purement culturelle ou artistique, devenant l'un des facteurs les plus importants de l'économie mondiale moderne, de la diplomatie publique, de l'éducation, de l'innovation et du renforcement de l'identité nationale.

Le cinéma, en tant que forme d’art, moyen puissant de distribution de contenu et sous-secteur économique distinct, a changé la pensée et la vision du monde de millions de personnes au fil du temps. L’expérience mondiale de la production cinématographique montre que les pays qui ont su adopter une approche stratégique du développement de ce secteur ont non seulement créé une production cinématographique et des exportations culturelles compétitives, mais ont également fourni de nouvelles opportunités pour la croissance économique, le tourisme, l’éducation, les industries créatives et même le renforcement de l’autorité de l’État.

Dans ce contexte, les problèmes, défis et perspectives de développement du secteur cinématographique arménien acquièrent une résonance non seulement culturelle, mais aussi stratégique, nationale et économique. L'Arménie, qui possède de riches traditions cinématographiques et des noms reconnaissables dans l'histoire du cinéma mondial, est confrontée à des problèmes complexes dans le domaine de la production cinématographique depuis les années de l'indépendance.

Durant les années soviétiques, le cinéma arménien a réussi à créer un tel héritage cinématographique, qui est continuellement apprécié tant au niveau local qu'international, devenant un symbole de l'identité nationale, de la mémoire historique et de la créativité. Cependant, pendant les années d'indépendance, dans des conditions de difficultés économiques et financières, d'instabilité de la politique de l'État et de faiblesse institutionnelle du secteur, la production cinématographique en Arménie a connu une grave crise. Cela se traduit par une forte diminution du volume de production de films, une baisse de la qualité, un manque de financement, l'obsolescence des équipements techniques, un affaiblissement du système éducatif et des ressources humaines, ainsi que l'absence d'une stratégie claire pour pénétrer les marchés internationaux.

L’importance du développement de l’industrie cinématographique s’exprime à plusieurs niveaux interdépendants. Tout d’abord, le cinéma est une manière unique de présenter et de préserver l’identité, l’histoire et la culture nationales. Pour l'Arménie, qui a un passé historique et politique complexe, une identité à plusieurs niveaux et des communautés à travers le monde, la production cinématographique peut devenir la plate-forme la plus efficace pour la transmission moderne des idées, des valeurs et de l'histoire nationales. Cependant, notre production cinématographique ne sort toujours pas du marécage des feuilletons nationaux, où dominent la morale criminelle et les histoires fondées sur la haine, qui ont un impact psychologique négatif sur la société et, d'autre part, sur la façon de penser des peuples primitifs. Et cette influence négative est principalement portée par la jeune génération, parmi laquelle les manières et la vulgarité montrées dans la série télévisée s'enracinent très rapidement. D'autre part, le cinéma peut présenter l'expérience historique de l'Arménie, les événements marquants qui ont eu lieu au cours de l'histoire arménienne, la mémoire du génocide, les thèmes des luttes pour l'indépendance et la liberté, les problèmes sociaux et culturels modernes, les histoires d'immigration et d'émigration, devenant en même temps un outil puissant pour la réinterprétation de l'identité nationale et un dialogue avec le public mondial.

Le cinéma peut également promouvoir des idées de réconciliation et de solidarité en présentant le pluralisme, l'humanité, la tolérance et la justice.

D’un autre côté, le développement de l’industrie cinématographique peut offrir de nouvelles opportunités économiques, créer des emplois, favoriser le développement des petites et moyennes entreprises et contribuer à l’innovation et au progrès technologique. Le cinéma englobe de nombreux sous-domaines : écriture de scénario, réalisation, cinématographie, montage, son, effets visuels, costumes, scénographie, photographie, éclairage, marketing, distribution, etc. L’ensemble de cette chaîne peut devenir une force motrice du développement économique si les investissements nécessaires, les incitations gouvernementales, la participation du secteur privé et la coopération internationale sont assurés.

En outre, le développement de la production cinématographique peut promouvoir le tourisme cinématographique, les investissements étrangers, les productions conjointes, ainsi que contribuer à l'exportation de biens et de services arméniens et à la formation d'une image positive du pays.

Le manque de financement est l'un des principaux obstacles au développement de l'industrie cinématographique arménienne. Malgré l'existence de certains programmes gouvernementaux, le secteur dépend toujours de flux financiers non durables, souvent ponctuels, qui ne permettent pas une planification à long terme et des produits de qualité. Un financement insuffisant conduit au fait que de nombreux réalisateurs, scénaristes, caméramans et acteurs talentueux sont contraints d'émigrer ou de coopérer temporairement avec des sociétés cinématographiques d'autres pays, ce qui signifie une perte de capital humain et une « fuite des cerveaux » pour l'Arménie.

L'Arménie est également confrontée à un certain nombre de défis en termes de gestion et de politique de l'industrie cinématographique. Le secteur manque d'une stratégie unifiée et coordonnée qui inclurait l'éducation, la production, la distribution, la coopération internationale et le développement des marchés.

Le manque de clarification de la répartition des responsabilités et des fonctions entre les organes de l’État, les problèmes de transparence du système de sélection des films et de financement des concours, la rupture des liens avec les festivals et les marchés internationaux, ainsi que le manque de continuité institutionnelle créent des conditions dans lesquelles les projets réussis ne deviennent que des cas uniques.

La base technique de la production cinématographique en Arménie est largement dépassée. Le développement rapide des technologies nécessite des équipements modernes, des spécialistes hautement qualifiés, des approches innovantes et une culture de production moderne. Dans de nombreux cas, les projets cinématographiques doivent recourir à des ressources techniques étrangères, ce qui augmente les coûts de production, complique le travail d'organisation et limite les possibilités de développement des spécialistes locaux.

En outre, l'enseignement dispensé dans les académies de cinéma en Arménie ne répond toujours pas aux normes mondiales, ce qui complique la découverte, l'éducation et la rétention des jeunes talents dans ce domaine.

L’un des problèmes liés à la production cinématographique est l’exiguïté du marché local. Le nombre de cinémas en Arménie est limité et le manque de multiplexes et de salles de cinéma modernes entrave la distribution et la consommation à grande échelle des productions cinématographiques locales. En outre, le faible niveau de pouvoir d'achat du public limite souvent la possibilité d'aller au cinéma, ce qui réduit les revenus des producteurs de films et les incitations à investir davantage.

Cette situation complique également la question de l’entrée sur les marchés internationaux, car les coûts de production cinématographique ne sont souvent pas justifiés par les revenus locaux, et les opportunités d’exportation et le succès dans les festivals étrangers sont encore de nature instable et épisodique.

Assurer la compétitivité internationale des projets cinématographiques arméniens constitue également un problème majeur. Dans les conditions de la mondialisation, le marché du film est devenu extrêmement compétitif, où non seulement la qualité est cruciale, mais aussi la stratégie de marketing de la production, la politique des festivals, les relations internationales, l'implication de spécialistes étrangers et l'organisation de coproductions.

Les cinéastes et réalisateurs arméniens manquent souvent de ressources et d’expérience pour répondre aux demandes du marché international et surmonter les barrières linguistiques, culturelles et techniques. En conséquence, le cinéma arménien reste souvent dans les cercles locaux, n'utilisant pas l'attention de la communauté internationale, les opportunités des festivals mondiaux et les outils de cofinancement.

Pour le développement de l’industrie cinématographique, il est également nécessaire d’introduire de nouveaux modèles de coopération entre les secteurs public et privé. L'État peut créer des avantages fiscaux, des programmes de cofinancement, des incubateurs éducatifs et techniques, qui favoriseront l'implication des investissements privés dans le secteur. Dans le même temps, le secteur privé doit participer activement aux processus de production, de distribution et de commercialisation, en proposant de l'innovation, une approche compétitive et un contenu adapté à la demande du marché. Cette coopération peut également faciliter la mise en œuvre de productions conjointes, impliquant les ressources de la diaspora et des cinéastes étrangers.

Le rôle du cinéma dans la vie éducative et socioculturelle de la société moderne mérite également l'attention. Le cinéma peut constituer un outil puissant pour l’éducation du public, la formation des valeurs, la mémoire historique, l’identité nationale et la conscience civique. En Arménie, il est nécessaire de former un réseau d'écoles de cinéma, de programmes éducatifs cinématographiques, de ciné-clubs, de concours et de séminaires pour les jeunes, qui contribueront au développement de la créativité de la nouvelle génération, à l'augmentation de l'intérêt pour l'art cinématographique et au renforcement du capital humain du secteur. Ce processus peut également garantir l’implication de larges pans de la société dans la production cinématographique, formant ainsi un écosystème complet de l’industrie créative.

Le développement de l'industrie cinématographique arménienne est également entravé par l'insuffisance de la protection des droits d'auteur, la faiblesse des mécanismes « anti-piratage », et les incertitudes juridiques, qui freinent souvent l'initiative des créateurs et la confiance des investisseurs.

L'industrie cinématographique doit également moderniser la législation, mettre en œuvre des systèmes conformes aux normes internationales, garantir la protection juridique des bandes cinématographiques, des scénarios et autres produits intellectuels, ainsi qu'encourager l'innovation et la créativité.

Enfin, il est important de souligner que le développement de l’industrie cinématographique en Arménie peut devenir un outil puissant non seulement pour la renaissance culturelle, mais aussi pour renforcer la sécurité économique, sociale et nationale.

ARTHUR KARAPÉTIEN

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